Éthique muséale : Novembre/Décembre 2009

Question : Les secteurs artistique et/ou muséal ont-ils la responsabilité déontologique d’agir de manière plus proactive et de s’exprimer plus énergiquement face à la détérioration de la planète due au changement climatique ?

Je crois très sincèrement que toute la communauté muséale, de quelque horizon provienne-t-elle, a un devoir pour tout ce qui concerne le développement durable (respect de la société et de la nature). Tous les types de musées doivent être ouverts et proactifs dans le domaine du développement durable. Cela implique que des actions doivent être faites tant à l’interne (personnel régulier et autre, bénévoles, amis, restaurant, chauffage et les collections — réserve, déplacements, etc.) que dans la diffusion. Les changements climatiques ont un impact majeur sur toutes les populations qui doivent s’adapter; nous avons des comportements à changer et un rôle à jouer. Plusieurs artistes visionnaires sont impliqués, pourquoi pas les musées ?

Andrée Gendreau, Ph. D., directrice, Service de la recherche et de l’évaluation, Musée de la civilisation 

 


 

R:1

Oui ! Les musées et les galeries sont par inadvertance arrivés à un tournant métaphorique où il est dorénavant impératif de poser des questions de portée plus vaste sur les raisons qui justifient les actions des musées et de lutter contre divers problèmes reconnus comme étant hors contrôle, y compris le changement climatique.

La pratique muséale actuelle est grandement fondée sur les impératifs du marché, les mesures quantitatives de la performance et les décisions à l’interne relativement aux programmes de collecte, d’exposition, d’éducation auxiliaire, voire, souvent, aux programmes soi-disant de loisirs. L’adhésion irréfléchie à ces valeurs risque de favoriser une désaffectation des générations futures. Comme l’a souligné l’éminent biologiste E.O. Wilson : « Nous créons un lieu moins stable et moins intéressant que nous laisserons en héritage à nos descendants. Or, ces derniers comprendront et aimeront la vie plus que nous et ils ne seront pas enclins à honorer notre mémoire. » [trad.] Pour repenser le rôle des musées comme institutions sociales, il ne faudra rien de moins que réinventer le musée — une organisation qui intègre le meilleur des valeurs traditionnelles des musées et de la méthodologie d’entreprise, avec un sens de la responsabilité sociale jusqu’ici non reconnu.

Il est de plus en plus dangereux qu’un musée, quel qu’il soit, tienne pour acquis que tout continue comme si de rien n’était, alors que la biosphère et l’ethnosphère sont sur des trajectoires tellement périlleuses. Les musées doivent se sensibiliser davantage à ces questions et axer délibérément leurs ressources pour provoquer le changement, tant à l’interne qu’à l’externe. Il est juste de dire qu’il s’agit là d’une responsabilité déontologique.

Robert R. Janes, Ph.D., FAMC, rédacteur en chef de Museum Management and Curatorship

 


 

R:2

J’aime les musées depuis ma tendre enfance parce qu’ils sont objectifs, audacieux et fabuleux. Je me souviens encore très bien de la première fois où j’ai vu le développement séquentiel d’un embryon humain lorsque petite fille, j’ai visité le musée d’histoire naturelle de Chicago avec ma mère. Aurais-je pu vivre une telle expérience ailleurs que dans un musée ? De par leur nature fondamentale les musées traitent des enjeux de l’heure et s’attaquent souvent à des questions sociales, culturelles et environnementales difficiles.

À une époque où les niveaux de CO2 atteignent des seuils inégalés depuis au moins 800 000 ans sur la Terre, de plus en plus de musées dans le monde ont préparé des expositions, des spectacles itinérants et des sites Web qui portent sur le changement climatique et d’autres sont en voie de le faire. Les musées prennent également des mesures pour réduire leur empreinte carbonique, adoptent des politiques de recyclage, réévaluent la nécessité de réguler de manière « générale » les conditions ambiantes de leurs installations, conçoivent des bâtiments durables, tirent parti de la lumière naturelle et installent des systèmes d’éclairage écoénergétiques, pour ne nommer que quelques-unes des mesures novatrices qu’ils adoptent pour lutter contre cette « malencontreuse vérité » (c.f. film de Davis Guggenheim, Une vérité qui dérange).

À cette question, je réponds : oui, absolument.

Les musées doivent prêcher par l’exemple et se mettre au service de notre société complexe, qui, comme nous le savons tous, n’est pas toujours belle à regarder.

Jann LM Bailey, FAMC, directrice générale, Kamloops Art Gallery  

 


 

R:3

Puisque le changement climatique constitue une menace pour chacun d’entre nous et qu’il est en grande partie causé par l’activité humaine, il va de soi, à mon avis, que le milieu artistique et muséal a une responsabilité déontologique d’agir de manière proactive pour contrer la détérioration de la planète.

En tant que muséologues, nous assumons une responsabilité de recherche et de préservation de la culture matérielle qui reflète notre passé. Si nous n’assumons pas une même responsabilité pour notre avenir, les prochaines générations de muséologues n’auront aucun passé à préserver.

Brenda Berck, FAMC

 


Si vous désirez poser une question d’ordre déontologique ou soumettre vos dilemmes de façon anonyme, écrivez à vkiriloff@musees.ca